Bonjour,
Je me suis inscrite sur ce forum pour donner quelques infos utiles à Céline et pour participer au petit débat suscité par son histoire.
1/ Réponse à Céline.Céline, je suis maman d'une petite fille végétalienne de deux ans et demi. Je n'ai jamais fait l'objet d'attaques précises ou d'une enquête des services sociaux, mais je m'intéresse de près à la question de la végéphobie surtout en ce qui concerne les familles. C'est moi qui ai fondé le projet Initiative Citoyenne pour les Droits des Végétariens (quelqu'un a donné le lien de notre site dans un des messages ci-dessus). Puis j'ai organisé la section des familles à la Veggie Pride et différents autres trucs.
Comme l'a dit très bien David, les services sociaux n'ont pas à porter un jugement sur nos opinions. Leur mission consiste à établir si un enfant est victime d'une maltraitance physique ou psychologique, éventuellement à cause d'habitudes de vie « différentes » adoptées par sa famille sur la base d'une prise de position dite « idéologique ». En absence de maltraitance, tout parent a le droit d'élever son enfant de façon cohérente avec ses opinions : c'est une implication du droit à la liberté de conscience, qui lui fait partie des droits humains.
Voici à ce sujet un extrait de la
Déclaration sur l'élimination de toutes formes d'intolérance et de discrimination fondées sur la religion ou la conviction (proclamée par l'Assemblée générale des Nations Unies le 25 novembre 1981) :
Article 5
1. Les parents ou, le cas échéant, les tuteurs légaux de l'enfant ont le droit d'organiser la vie au sein de la famille conformément à leur religion ou leur conviction et en tenant compte de l'éducation morale conformément à laquelle ils estiment que l'enfant doit être élevé.
2. Tout enfant jouit du droit d'accéder, en matière de religion ou de conviction, à une éducation conforme aux voeux de ses parents ou, selon le cas, de ses tuteurs légaux, et ne peut être contraint de recevoir un enseignement relatif à une religion ou une conviction contre les voeux de ses parents ou de ses tuteurs légaux, l'intérêt de l'enfant étant le principe directeur.
3. L'enfant doit être protégé contre toute forme de discrimination fondée sur la religion ou la conviction. Il doit être élevé dans un esprit de compréhension, de tolérance, d'amitié entre les peuples, de paix et de fraternité universelle, de respect de la liberté de religion ou de conviction d'autrui et dans la pleine conscience que son énergie et ses talents doivent être consacrés au service de ses semblables.
4. Dans le cas d'un enfant qui n'est sous la tutelle ni de ses parents ni de tuteurs légaux, les voeux exprimés par ceux-ci, ou toute autre preuve recueillie sur leurs voeux en matière de religion ou de conviction, seront dûment pris en considération, l'intérêt de l'enfant étant le principe directeur.
5. Les pratiques d'une religion ou d'une conviction dans lesquelles un enfant est élevé ne doivent porter préjudice ni à sa santé physique ou mentale ni à son développement complet, compte tenu du paragraphe 3 de l'article premier de la présente Déclaration.
À remarquer aussi que « La France [...] respecte toutes les croyances » : c'est l'article 1 de la Constitution du 4 octobre 1958 !
Il ne s'agit donc pas pour un parent végétarien de convaincre les assistants sociaux du fait qu'il ou elle a des opinions raisonnables, ceci en les modifiant, voire en les atténuant, pour les rendre plus consensuelles. Il s'agit tout d'abord d'affirmer sa liberté d'opinion, quelle que soit l'opinion en question, et de refuser toute tentative de la part des assistants sociaux d'engager une discussion sur le fond (discussion que nous, en tant que végétariens pour les animaux, devons mener ailleurs, dans le contexte du débat public).
Une fois acquis le principe selon lequel tu as le droit de penser ce que tu veux et d'élever ton enfant en conformité avec tes opinions, reste à voir pour les assistants sociaux si le mode de vie que tu as choisi pour ton enfant lui est nuisible. Il y a le côté médical : si ton fils est globalement en bonne santé, avec des courbes de poids et de taille normales, je ne pense pas que ce soit nécessaire de lui faire faire une prise de sang. La prise de sang peut être un événement choquant et douloureux pour un petit enfant et normalement on essaie de l'éviter s'il n'y a pas une bonne raison. Si jamais les assistants sociaux insistaient sur la nécessité de lui faire faire une prise de sang, tu pourrais expliquer que tu ne t'opposes pas aux prises de sang sur le principe, mais qu'il faudrait qu'ils donnent des justifications bien précises de cette nécessité avant que tu donnes ton consentement.
Ensuite, il y a le côté psychologique. L'histoire selon laquelle les végétariens et végétaliens seraient une secte a beaucoup de succès, car elle permet de se débarrasser d'emblée du débat à propos du meurtre des animaux... sans avoir à en débattre. Je ne connais pas les sources originaires de cette histoire, mais je sais qu'elle est pas mal alimentée par la Miviludes (Mission Interministerielle de Vigilance et de Lutte contre les Derives Sectaires). Or la Miviludes a sorti en 2010 un document qui s'appelle « Guide à la protection des mineurs contre les dérives sectaires ». Il est vrai que ce document parle des régimes alimentaires « alternatifs » comme des possibles « indices de dérive sectaire » (p. 27 qui peut être lue
ici) :
Le constat qu’un mineur est contraint, du fait des convictions idéologiques de ses parents, d’adopter une alimentation carencée induisant la suppression de nombreux aliments (cuits, protéines animales) peut constituer un indice du risque de dérive sectaire.
Cet indice exige cependant une investigation plus poussée sur les conditions de vie du mineur et son état de santé afin de vérifier si cette situation ne coïncide pas avec d’autres indices significatifs.
Mais peu avant, à la même page, il est dit que :
De tels indices de risque ne constituent donc pas, à eux seuls, des preuves d’une dérive avérée. Ils forment un faisceau d’informations susceptibles d’être recueillies et qui doivent contribuer à éveiller l’attention des acteurs engagés dans la protection de l’enfance. De tels indices participent du processus d’évaluation de la situation du mineur, ils ne s’y substituent pas et ne suffisent pas à déclencher un signalement.
Et encore, je viens de faire une petite recherche sur ce qu'est un signalement et je suis tombée sur la brochure
« Enfants victimes d’infractions pénales : guide de bonnes pratiques » où je lis ceci :
Les fondements du signalement
Le signalement se justifie en raison d’indicateurs d’alerte de maltraitance ou de danger qui peuvent prendre plusieurs formes, dont la facilité de détection est inégale,notamment :
• des lésions sur le corps de l'enfant laissant présumer des violences physiques à son encontre (hématomes sur plusieurs parties du corps de l'enfant, traces de coups, de brûlures de cigarettes
ou de morsures) ;
• des troubles anormaux de comportement (anxiété, repli sur soi...) laissant présumer des violences d'ordre psychologique (brimades répétées et disproportionnées).
Chez des enfants plus âgés, les symptômes de maltraitance peuvent se manifester par des fugues, manifestations suicidaires voire tentative de suicide, fugues, et des passages à l’acte qui sont des expressions de souffrances.
• des signes laissant présumer des carences parentales graves (négligence de l’hygiène corporelle de l'enfant, signes de malnutrition, manque de sommeil, absentéisme scolaire injustifié...)
Il me semble donc que dans ton cas, le signalement est totalement injustifié, que devraient suffire un court entretien entre les assistants sociaux et toi et une courte rencontre entre eux et ton fils pour classer l'affaire sans suite. Si l'affaire se résout facilement, tu pourrais envisager de déposer une main courante contre le père de ton fils. Si au contraire l'histoire se poursuit, à cause d'une mauvaise volonté des assistants sociaux et du juge, sincèrement, au vu d'expériences d'autres mères que je connais, je pense que tu ferais bien de contacter un avocat.
Dans tous les cas, ils est fondamental de te tenir sur tes gardes : prends ostensiblement des notes lors des rencontres avec les assistants sociaux et, si tu en as la possibilité, essaie de te faire accompagner par quelqu'un qui pourra témoigner. Cela pour deux raisons : pour garder des traces de ce qui se passe et pour ne pas être seule face à des personnes qui sont en train de te juger et qui pourraient, de ce fait, prendre des attitudes désagréables à ton égard.
Dernière chose : l'ICDV (sûrement) et l'association Veggie Pride (sans doute) pourront te fournir leur soutien, en écrivant des courriers et éventuellement, en cas de besoin, en envoyant des communiqués de presse aux médias pour dénoncer le caractère abusif d'une enquête qui se déroule sur la seule base du fait d'être végétarien.
2/ Remarques sur les stratégiesDepuis quelques années, des histoires comme celle-ci se répètent.
Il y a eu Sandie, qui a été embêtée par les services sociaux en 2005-2007, dont on peut lire le témoignage
sur le site de l'AVF.
Il y a eu Nathalie Waibel qui en 2009 a été accusée par son mari de faire partie d'une « secte vegan » sur la base du fait qu'elle s'était rendue au Cri de la Carotte.
Toujours en 2009, le témoignage d'une mère végétarienne en difficulté a été déposé sur un forum (on peut le lire
sur le blog végéphobie).
Encore en 2009 il y a eu l'affaire de Sévérine, une mère célibataire végétalienne : le tribunal lui avait enlevé son enfant et l'avait placé en famille d'accueil en raison du « danger » que représentait le régime végétalien (on peut lire toute l'histoire sur le blog
http://severine-elie.blogspot.com/).
En 2009-2010, une autre maman a été persécutée par les services sociaux à cause d'un signalement de son ex qui voulait l'emmerder. Elle est restée anonyme jusqu'à maintenant, mais j'ai suivi son cas de près.
Récemment, j'ai reçu un mail au sujet d'une affaire entre le tribunal de grande instance et un père végétalien en conflit avec sa compagne à cause de son végétalisme et de sa volonté que l'enfant soit végétarien.
Or, face à des histoires de ce type - qui vont sans doute se multiplier - il me semble assez naïf de se limiter à conseiller aux parents concernés de trouver des escamotages pour s'en sortir, au lieu de
1/ les encourager à défendre leur choix absolument légitime d'élever leurs enfants en cohérence avec leurs principes
2/ s'engager à les soutenir.
Je ne doute pas une seconde de la bonne foi des personnes qui donnent des conseils « malins » tels qu'affirmer qu'on est végétarien pour la santé et non pour des raisons d'opinion, ou encore acheter du fromage (alors qu'on est végétalien) et le placer bien en évidence dans le frigo à l'occasion des visite des assistants sociaux, ou même de se faire faire un faux certificat par un médecin complaisant qui atteste que l'enfant est allergique à la viande ou aux produits laitiers. Mais non seulement ces « astuces » ne font pas avancer la cause du végétarisme (et particulièrement celle du végétarisme pour les animaux), elles reviennent à
mentir et, dans le cas du faux certificat, à
tomber dans l'illégalité. Elles sont donc aberrantes sur le plan de l'intégrité personnelle et même contre-productives vis-à-vis des intérêts des personnes concernées, qui sont mêlées à une affaire judiciaire et n'ont surtout pas besoin de la rendre encore plus compliquée en fabricant des fausses déclarations.
Dans le blog consacré à l'histoire de Séverine, on peut lire : « Ce serait merveilleux si une association végétarienne importante pouvait faire de cette histoire une "cause célèbre" ». Je suis entièrement d'accord et je ne peux que regretter que cela ne se soit pas encore réalisé. Je pense que toutes les associations végétariennes devraient s'associer pour offrir leur soutien ouvert et public aux parents végétariens. Cela ne reviendrait pas, bien évidemment, à prendre une position dans ce qui concerne les conflits personnels que ces parents sont en train de vivre, mais simplement à affirmer que le principe général selon lequel « les parents ont le droit d'organiser la vie au sein de la famille conformément à leur religion ou leur conviction » est valable pour les végétariens aussi. Ceci serait, je pense, une source non négligeable de réconfort que d'avoir le soutien de centaines d'autres végétariens, pour ces personnes qui vivent l'expérience désagréable d'être soumises à une enquête concernant leur vie intime à cause de leurs convictions profondes, et qui sont souvent exposées à des remarques désobligeantes et humiliantes de la part de leurs accusateurs. Car c'est justement le fait d'être seuls qui rend faibles...
L'AVF a donné un signal très important en participant à une des initiatives de l'ICDV, celle de la lettre où nous avons demandé les références scientifiques du PNNS. Cette lettre est restée sans réponse, et je trouve ça un élément particulièrement important à notre faveur, qu'il faut citer à volonté. J'espère que la coopération entre l'AVF et l'ICDV se poursuivra et que nous trouverons la bonne voie pour aider et soutenir publiquement les familles végétariennes.
Agnese